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seize obscurs objets
de désir |
L'art ne reproduit pas le visible,
il rend visible
Paul Klee |
AU DELA DE LA FIGURE
HUMAINE
Après avoir mis en
scène le nu humain dans 'Sans tête(s)', et le groupe
humain dans 'Augures de l' Innocence' ,
dans 'Seize obscurs objets de désir', je me suis
proposé
la tâche
d'explorer un terrain tout neuf: celui
des entités non humaines et imaginaires.
Cela ne signifie pas que je me suis
détourné
de l'humain en tant que
tel. Bien au contraire: je me suis
imposé la tâche de révéler, à
travers la mise en image d'entités inexistantes
auto créées, des dimensions de
l'existence humaine qui ne peuvent être révélées par la figure humaine. Car,
après tout, ce corps humain qui est le nôtre, est non seulement
susceptible à la maladie et au
déclin physique, plus encore que les mots, il est souvent complètement
incapable de transmettre ce qui l'émeut profondément. C'est pourquoi
j'ai décidé de
m'inscrire dans le mouvement par lequel la peinture
s'éloigne de plus en plus de la figure humaine et découvre de nouvelles
possibilités en faisant parler d'abord le paysage ou la nature morte, et
ensuite des entités géométriques ou organiques qu' il crée lui-même dans
l'art abstrait. Bien que les possibilités de cette dernière phase ont
resté largement inexplorés à cause de la fureur anti-mimétique qui
empêchait les peintres abstraits,
pas tellement de
déployer la richesse formelle requise, mais plutôt de donner les
clefs anthropomorphiques requises. Dans 'Seize obscurs objets de
désir';
je me suis posé l'objectif de défricher ce terrain
quasiment vierge.
L'IMAGE DOUBLE
Il y
a quelque ironie dans le fait que la photographie, qui est à
l'origine de dessus dite fureur anti-mimétique dans la peinture,
nous offre la méthode exquise pour trouver des porteurs non humains
pouvant exprimer le drame humain, sans retomber dans le réductionnisme de
l'art abstrait. En fait, le photographe peut photographier non seulement
la réalité existante, mais aussi la réalité 'mimétique': au lieu de se
laisser inspirer du mur moussu dans lequel il entrevoit toutes sortes de
paysages fantastiques, comme da Vinci, il peut photographier le mur
lui-même. J'ai déjà utilisé la méthode dans 'Sans
tête(s)'. Mais, tandis que dans 'Sans tête(s)', j'ai délibérément
maintenu le caractère double de
l'image - il y a une relation
significative entre le corps en déclin et les images dans lesquelles il a
été transformé - dans 'Seize obscurs objets de désir' j'ai
effacé chaque réminiscence au point de départ. C'est la première raison
pourquoi mes 'objets de désir' sont appelés 'obscurs'. Cette fois-ci,
j'ai voulu faire des images simples. La technique de
l'image double devait seulement me procurer une méthode pour échapper à
l'impuissance de l'existant de révéler dans son apparence extérieure
ce qui l'émeut à l'intérieur - sans recours aux méthodes
souvent gratuites de la chambre noire ou de la manipulation
digitale.
ATTRAPE- DéSIR
Dans la technique de l'image double, la réalité agit comme un aimant
qui attire des images. In ne s'agit pas d'images qui sont projetées
délibérément dans le monde extérieur, mais, au contraire, d'images qui
surgissent involontairement. Dans ce sens, la 'réalité trouvée' fonctionne comme un 'attrape
désir'. Ce qui mène vie souvent
cachée dans notre fore intérieur, surgit soudainement là devant nos yeux.
Dans une première phase, nous éprouvons cette épiphanie comme une
découverte, comme une 'image trouvée'. Mais, le fait que cette image
continue de nous intriguer infiniment, nous fait soupçonner, dans une
seconde phase, que nous avons seulement trouvé ce que nous avons caché
nous-mêmes. Ce que les
êtres inventés révèlent ainsi, nous le
reconnaissons immédiatement comme quelque chose qui
nous émeut nous-mêmes dans notre fore intérieur, bien que nous avons
quelques difficultés à comprendre comment c'est possible
que ce
fore intérieur soit devenu perceptible là devant nous,
dans l'apparence extérieure d'un
être étranger.
Comme si nous étions descendu dans ces entités étranges comme dans notre
vrais corps. Deuxième raison pourquoi j'ai
appelé mes 'objets
de désir' 'obscurs'...
NI "PEINTURE", NI "PHOTOGRAPHIE"
C'est ainsi que je critique
non seulement la photographie, en tant
qu'elle s'est laissé réduire par la peinture
à 'la copie (servile ou non) de la réalité existante', mais surtout la
peinture moderne qui, inversement, s'est opposé à la photographie en
s'entranchant dans la construction d'un monde 'déformé' ('expressionniste'),
'surréaliste'
ou 'abstrait'. C'est pourquoi la peinture
s'est privé non seulement des charmes naturels propres aux apparences
dans le monde réel, mais qu'elle a avant tout annihilé la tension entre 'l'apparence organique' et
'l'essence géométrique', en la réduisant à la mise en image de formes
géométriques unidimensionnelles.
Dans
'Seize obscurs objets de désir', j'ai essayé d'établir une tension
intensifiée entre l'apparence externe des entités imaginaires,
et la sous-jacente géométrie 'secrète' de la charpente sur laquelle elle
est tendue, aussi bien au niveau de la composition dans le cadre, qu'au
niveau de la composition de la surface contenue parce cadre.
Bien que les entités que je mets en scène sont imaginaires, ils ont
l'air de pouvoir faire part du monde qui nous est familier. Car j'ai
résolument opté pour les rendre d'une manière 'académique' - aujourd'hui
souvent
éprouvée comme 'photographique' - et pour le charme optique
propre à l'apparence naturelle, souvent méprisé comme le 'glamour' de la
photographie commerciale. En soi, il n'y a rien de problématique dans ce
langage 'Raphaélesque': il n'est creux et faux qu'en tant qu' il va de
pair avec une absence de contenu ou de vérité. Dans 'Seize obscurs
objets de désir', au contraire, la parfois séduisante beauté des
apparences ne fait qu'intensifier le contraste avec le désir parfois
répulsif qu'ils personnifient, ou la fascination pour ce qui autrement
nous répugnerait.
Et c'est à
cette dialectique, à laquelle ce joint celle de l'apparence
organique et la géométrie sous-jacente, que les 'Seize obscurs objets de désir' doivent -
j'ose l'espérer - leur tension intérieure souvent très intense.
OH! CES
OBSCURS OBJETS DE DESIR...
Une tension souvent très intense: parce que c'était notre but explicite
de mettre en scène le désir en tant que tel - l'émotion interne qui
anime le monde vivant dont nous faisons part. Après tout,
l'ambivalent désir de pouvoir contempler le désir
dans toute son ambivalence, est lui-même le
plus profond désir de l'œil - en fait le motif central, le plus originaire pour
faire une image.
D'où le titre de cette série, auquel il suffit d'ajouter le 'oh' du plus
élémentaire étonnement esthétique, et de changer le nombre
'seize' en prénom démonstratif indéfini 'ces' pour voir formulé les mots
que chacun veut prononcer quand il est pris par la fascination de
l'image.
© Stefan
Beyst, novembre 2006 
Bruno Blais 'J'apprécie cet univers abstrait qui révèle, parfois dans
des noirs profonds, une poésie de l'ailleurs qui flirte avec
l'inconscient pour nous propulser dans cet autre monde qui nous
questionne tant.'
Tim Atherton: 'Something about it made me go back two
or three times to look again...'...'
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