CARLOS BARBARITO

une sélection de poèmes

traduits par

© Elina Julia Kohen et Chantal Enright 2005


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publiée dans 'La maison de la poésie"



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1





¿Morir? No se navega en barco
de piedra, no se calienta la carne
con nieve. Pero es apenas
un salto, un momento difuso,
un pequeño escombro de estrella;
apenas un botón, un resquicio,
una sal, una gota de aguarrás.
En pleno cuerpo, perder minutos,
párpados, lágrimas.
Y ya no tener oídos para el gallo,
nariz para el alcanfor,
manos para lo que cae o se derrama.
Entonces es otro o ninguno el deseo,
el desierto se estira, y no llueve






Mourir? On ne peut naviguer sur un bateau
en pierre, ni réchauffer la chair
avec de la neige. Mais c’est à peine
un saut, un
moment diffus,
un petit débris d’étoile;
à peine un bouton, une fente,
un sel, une goutte de térébenthine
Se dépouiller, à même le corps, des minutes,
des paupières, des larmes.
Et ne plus avoir d’oreilles pour le coq,
de nez pour le camphre,
de mains pour tout ce qui tombe ou qui se renverse.
Le désir est alors autre, voire inexistant,
le désert s’étend, sans même qu’il ne pleuve.


È

Extrait de 'Figuras de ojo y sombras'


2



Cenizas del mediodía, bajo
un erróneo cálculo,
una posibilidad incierta.
Falla el asiento del único puente.
Queda alguna piedra,
un objeto de lata aplastado,
un ladrillo enmohecido
sobre el que copulan las moscas.
El puente cede, cae
hacia la noche,
la densa red en la que todos somos peces,
chatos, apenas fosforescentes.
Vacíos frutos del crepúsculo,
¿ por qué no ser azar de la sangre,
cifrada impresión de la luz
sobre un leve papel sensible?
Se quema en su centro la piedad.
Arde la memoria en una plaza de piedra.
Se abre una puerta y nadie entra.
El eco desconfía de la sombra.










Cendres de midi,
une possibilité incertaine sous
un calcul erroné.
L’assise du seul pont lâche.
Il reste une pierre,
un objet en ferraille écrasé,
une brique moisie
sur laquelle copulent les mouches.
Le pont cède, il tombe
vers la nuit,
le gros filet dans lequel nous sommes tous des poissons
plats, à peine fluorescents.
Fruits vides du crépuscule,
Pourquoi ne pas être le hasard du sang,
l’empreinte cryptée de la lumière
sur un papier léger et sensible ?
La pitié brûle en son propre sein.
La mémoire s’embrase dans une place en pierre.
Une porte s’ouvre mais personne n’entre.
L’écho se méfie de l’ombre.

È

Extrait de 'Amsterdam'


3





Culpo al agua, al desnudo,
al pie que se sumerge,
al remoto humo que en casi muerte se desvanece.
¿Quién tapió el jardín,
poseyó hasta hacer cenizas
aquello que debía fluir,
transfigurarse, hablar en lenguas?
Cada animal diurno y nocturno
toma conciencia del frágil peso de su deseo,
de la potencia de la peste,
de lo inútil que es lavarse
en madrigueras asentadas en lodo.
Y tañe dios impío, polvo.










C’est l’eau que j’accuse, le nu,
le pied enfoui,
la fumée qui s’estompe au loin presque dans la mort.
Qui a ceint le jardin,
qui a possédé jusqu’à réduire en cendres
ce qui était censé couler,
se transfigurer, parler en langues ?
Chaque animal, diurne et nocturne,
prend conscience de la fragilité du désir,
de la puissance de la peste,
de l’inutilité de se laver
dans des gîtes édifiés dans la boue.
Et, impie, dieu retentit, poussière.

È

Extrait de 'Amsterdam'



4





(Albrecht Dürer, 1502)

¿A quién ofrecerle este oro?
Una música larga, tañida, pulsada,
una larga soga de techo a techo
de la que cuelgan, sin ser movidos,
aunque sople, por el viento,
papeles manchados por un aliento puro,
un amor casi puro,
bermellón, terracota. ¿Y esa liebre?
¿Esa virgen rodeada de animales?
¿A quién ofrecerle el desnudo,
las manos antes de la malaria,
la altura que no precisa de puentes,
la mirada puesta en aguas que se componen
y se descomponen, alas
que rasgan la superficie
y, abajo, la misma, eterna sed
de proporciones y perspectivas.
¿A qué médico, a cuál vida
o hacia qué muerte, linfa, enjambre,
aliento de lobo marino,
arena?







Albrecht Dürer, 1502

À qui offrir cet or?
une musique intense, infinie, orchestrée,
suspendus à une longue corde d'un toit a l’autre
sans être bercés par le vent,
des papiers tachés d'un souffle pur,
un amour presque pur,
vermillon, argile cuit. Et ce lièvre?
Cette vierge ceinte d’animaux ?
À qui offrir le nu,
les mains avant la malaria
l’altitude aux ponts insignifiants
le regard posé sur des eaux qui se composent
et se décomposent, des ailes
qui déchirent la surface
et, en dessous, cette même et éternelle soif
de proportions et perspectives?
À quel médecin, à quelle vie,
ou vers quelle mort, lymphe, essaim;
quelle haleine de loup de mer,
quel sable ?

È

Extrait de 'Radiación de fondo' (inédit)





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Copyright © Carlos Barbarito 2004
Copyright traduction © Elina Julia Kohen et Chantal Enright 2005

livre d'or

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