CARLOS BARBARITO

avant-première

sélection de poèmes traduits par
© Frie Flamend 2005


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1





El mundo,
lo que parece ser el mundo:
dilatadas orillas
llenas de bestias sedientas,
estiran sus lenguas
ante ríos secos, todo polvo.


Arriba ni una nube.






Le monde,
ce que semble être le monde :
des rives étendues
pleines d’animaux assoiffés,
ils tirent la langue
devant des rivières desséchées,
rien que de la poussière

Pas un seul nuage ne vient.

È

Extrait de 'Amsterdam'


2





Cava, no lleva lámpara y está oscuro.
Deja atrás, arriba, los ruidos
de los truenos que los ecos multiplican,
la locura del cisne que mata
a picotazos a sus pichones. Cava,
no porque sienta que hay algo allá abajo,
ni porque crea que en su acto
está contenida la salvación.
Lo hace porque el deseo en sus uñas
es más poderoso que la voz interior
que le exige resignarse.






Il creuse, il n’a pas de lampe et il fait sombre.
Il laisse derrière lui, là-haut, les bruits
du tonnerre que les échos multiplient,
la folie du cygne qui à coups de bec
tue ses petits. Il creuse,
non parce qu’il sent qu’il y a quelque chose, là en bas,
ni parce qu’il croit que dans son geste
réside la délivrance.
Il le fait parce que le désir dans ses ongles
l’emporte sur la voix intérieure
qui le pousse à résigner.

È

Extrait de 'El peso de los Dias'


3





(A Marianne Moore)

Excluida la idea de la inmortalidad,
quedan el polvo,
la hierba,
el agua que forma charcos,
la rama desde la que canta el pájaro,
cierto misterio que la razón
supone sombra pasajera.
Queda, en fin, la vida,
el cuarto donde una mujer se sube las medias,
el otro cuarto, acaso contiguo,
donde dos se desnudan
y se abrazan, y al terminar
se dicen, uno al otro:
no moriremos.





(A Marianne Moore)

Exclue l’idée de l’immortalité,
subsistent: la poussière,
l’herbe,
l’eau qui forme des flaques,
la branche d’où chante l’oiseau,
certain mystère que la raison
suppose ombre passagère.
Reste, enfin, la vie,
une chambre où une femme enfile ses bas,
ou une autre chambre, peut-être à côté,
où deux se dénudent
et s’embrassent et quand c’est terminé
se disent, l’un à l’autre:
nous ne mourrons pas.

È

Extrait de 'Amsterdam'

4





Nada crece excepto el pasto.
Nada salta a la vista salvo alguna piedra
y lo que la piedra contiene y resguarda.
Aquí, lejos de la playa,
lejos del sitio donde el agua
devuelve cada tanto
metales oxidados, enmohecidas maderas,
algún cadáver de delfín o tortuga.
No sopla el viento capaz de empujarnos
hacia lo entonces prometido.
Los minutos que pasan se hacen horas
pero jamás días y sí noches
que jamás consienten en ser años
y sí siglos en los que alguien muere
y otro, que lo ignora, bosteza.





Rien ne pousse, excepté l’herbe.
Rien ne frappe le regard, sinon l’une ou l’autre pierre
et ce que la pierre contient et protège.
Ici, loin de la plage,
loin du lieu où l’eau
ne cesse de refluer:
métaux rouillés, bois vermoulu,
le cadavre d’un dauphin ou tortue
Il ne souffle aucun vent capable de nous pousser
vers ce qui a été promis.
Les minutes qui passent, deviennent des heures,
non pas des jours, mais des nuits
qui ne deviendront jamais des années
mais des siècles, où quelqu’un meurt,
et un autre, qui l’ignore, bâille.

È

5





(arcas)

Los manantiales brotaban desde el fondo del mar
y las compuertas del cielo se abrían.
El arca era de madera de ciprés
y estaba calafateada con brea
por dentro y por fuera. Las aguas crecían
mucho sobre la tierra, cubrían
los montes más altos; y en el arca
ellos se abrazaban entre bestias puras
e impuras, entre cestas con carne
de pez y de cordero, frutas y panes.
Y la piedra aún limpia de sangre,
la respiración innumerable, la paloma
y el cuervo dormidos en sus jaulas,
cenizas últimas de un mundo
junto a las que ellos se acostaban, temblando.
Larga espera por el alba y los caminos.

Afuera la lluvia no encontraba reposo.





(arches)

Du fond de la mer bouillonnaient les sources
et les écluses du ciel s’ouvraient.
L’arche était de bois de cyprès
et couverte de goudron
à l’intérieur et à l’extérieur. Les eaux submergeaient
la terre, recouvraient
les montagnes les plus hautes; dans l’arche
ils s’embrassaient parmi les animaux purs
et impurs, parmi les mannes de viandes
de veau et de poisson, de fruits et de pain.
Et la pierre encore vierge de sang,
l’innumérable respiration, le pigeon
et le corbeau dormant dans leurs cages,
dernières cendres d’un monde
à côté duquel ils se couchent, tremblants.
Longue attente de l’aube et des routes.

Dehors, la pluie sans relâche.

È



6





No hay forma de llegar al océano.
El Motociclista, Rumble Fish.

Desde aquí y hasta donde da la vista,
tierra. Más allá del horizonte
-dicen-
está el mar (el mar:
vasto territorio
de bocas que se abren y se cierran,
horror y embriaguez de abismos, el origen)
- pero,
¿cómo llegar? ¿sobre qué ruedas,
o alas, o espaldas? ¿bajo
que fe, qué certeza?





Aucun moyen d’atteindre l’océan
Le motard, Rumble Fish

D’ici et jusqu’où porte le regard:
la terre. Loin derrière l’horizon
- disent-ils -
c’est la mer (la mer:
vastedomaine
de bouches qui s’ouvrent et se ferment,
horreur et enivrement du gouffre, l’origine)
- mais,
comment y arriver? sur quelles roues,
quelles ailes ou quels dos? dans quelle
croyance, dans quelle certitude?

È


7





¿Qué colmillo o pétalo
vendrá a herirnos o a acariciarnos
cuando en nosotros el mundo se haya disipado
y seamos sólo furia inmaterial
contra la carne y el deseo?





Quelle canine ou pétale
vient nous blesser ou caresser

quand en nous le monde s’est dissipé

et que nous sommes à peine: fur
eur immatérielle
contre la chair et le désir?

È



8





Cierro los ojos y el mundo muere.
Sylvia Plath.


Cantan los sapos en el jardín del vecino.
Se aproximan nubes negras, pesadas, muy lentas.
Lloverá y el mundo entero
quedará sepultado bajo el agua.
Los sapos lo saben - con su saber de sapos -
y cantan de un modo distinto, grave.
El resto, las demás bestias, los hombres,
lo ignoran, unos comen lo que encuentran
en la hierba, en las grietas de los muros,
otros se sientan a mesas con manteles a cuadros
y tragan cada bocado casi sin masticarlo.









Les crapauds coassent dans le jardin d’à côté.
Des nuages noirs approchent, lourds, très lents.
Il va pleuvoir et le monde entier
demeurera enterré sous l’eau.
Les crapauds le savent – avec leur savoir de crapauds –
et coassent par un mode différent, grave.
Le reste, les autres animaux, les gens,
ne le savent pas, les uns mangent ce qu’ils trouvent
dans l’herbe, dans les fissures des murs,
les autres vont s’asseoir à des tables avec des nappes à carreaux
et avalent chaque bouchée sans presque mâcher.

È

9





El lobo muerde a la palabra conejo.

Ni grito, ni dolor, ni sangre.





Le loup mord le mot lapin.


Ni cri, ni douleur, ni sang
.

È


10





El polvo cubre los frutos,
La carne se desgasta en semanas huecas, oscuros trabajos





La poussière couvre les fruits.
La pulpe s’use en semaines creuses, en travaux obscurs.

È

11





Sabe que toda luz
está destinada a acabar en la oscuridad.
Lo sabe y sin embargo
se detiene en algún lugar en la noche,
frota una piedra contra otra,
hace la luz, y le dice:
serás eterna.





Il sait que toute lumière
est destinée à se dissoudre dans l’obscurité.
Il le sait, mais quand même
il s’arrête en l’un ou l’autre endroit dans la nuit,
frappe une pierre contre l’autre,
fait de la lumière et lui dit:
tu seras éternelle.

È


12





No es la boca del infierno
ni el umbral del paraíso
ni un dios rugiendo entre llamas
ni una piedra de sueños, un metal puro,
la médula de toda gravedad y belleza
es agua silente, que apenas fluye,
olvidada por hierbas y bestias
de esa agua bebo
en esa agua me lavo





Ce n’est ni la gueule de l’enfer,
ni le nombril du paradis,
ni un dieu qui hurle dans les flammes,
ni une pierre rêveuse, un métal pur,
la moelle de toute gravité et beauté,
c’est l’eau calme, qui à peine coule,
oubliée des herbes et des bêtes,
de cette eau je bois,
dans cette eau je me baigne.

È

13





I

Es tu pena, y
la sombra de tu pena en el suelo
y en las paredes, y
la mirada que te mira
con ojos de gato, y
la lluvia que cae
como si nunca antes hubiese llovido, y
es tu puntada en un costado, y
las voces que, afuera,
entierran palabras bajo las hojas
hasta que todo se calla
incluso las piedras
que una vez, dicen, gritaron.

II

Se enmohece un papel
donde está escrita una palabra
en un idioma que ya nadie entiende,
o
entiende sólo uno
al que le cortarán la lengua.





I

C’est ta peine,
l’ombre de ta peine au sol
et sur les murs, et
le regard qui te regarde
avec des yeux de chat, et
la pluie qui tombe
comme s’il n’avait jamais plus auparavant, et
c’est la crampe au côté et
les voix qui, à l’extérieur,
enterrent les mots sous les feuilles
jusqu’à ce que tout se taise
jusqu’aux pierres incluses
qui autrefois, à ce qu’on dit, hurlaient.

II

Un papier jaunit
sur lequel est écrit un mot
dans une langue que plus personne ne comprend
ou
seulement celui
dont la langue sera coupée.

È





14





Enterrarán al niño.
Leerán salmos de un libro
de hojas de fino cobre,
cantarán otros niños
un canto triste,
despeinados,
las rodillas sucias.
Nadie sabrá qué
causó su muerte,
culparán al frío,
al olor del alcanfor
que llevaba en el bolsillo,
a la palabra jaspe
que nunca conoció,
a algún pan
tirado en un patio,
cubierto de insectos.
Lo enterrarán dentro de un rato,
mañana, dentro
de un año, de un siglo.
No le cerrarán los ojos.





Ils vont enterrer l’enfant.
Ils liront des psaumes dans un livre
aux feuilles de cuivre fin,
d’autres enfants chanteront
des chants tristes,
les cheveux en bataille,
les genoux sales.
Personne ne saura
la cause de sa mort,
ils rejeteront la faute sur le froid,
sur l’odeur du camphre
qu’il portait dans son sac,
sur le mot jaspe
qu’il n’a jamais connu,
sur un morceau de pain,
jeté dans une un patio
et couvert d’insectes.
Ils vont l’enterrer à l’instant,
demain, dans un an,
dans un siècle.
Ils ne lui fermeront pas les yeux.

È





15





Entre los dos -uno
que no nadó nunca y esperó en la orilla,
y una que nadó entre campos de ahogados
y naciones de algas para abrazarlo-
hay ahora
algo a lo que no atinan a darle un nombre
(cubre de polvo el camino de piedras blancas
e inclina con su peso las ramas
hasta obligarlas a tocar el suelo).
Ayer
tenían la mirada puesta en un sol remoto
y sus pies pugnaban por abandonar el suelo;
la carne se les volvió vidrio, se hizo trizas,
un niño recoge los pedazos, se lastima.
Este lugar que fuera de ellos
es el actual desierto en el que se extravían;
lo que los separa desde hace un momento
dura ya siglos.
El niño
se mira la mano,
grita.





Entre les deux – lui
qui n’avait encore jamais nagé et attendait sur la rive,
et elle qui nageait dans des champs de naufragés
et des nations d’algues pour l’embrasser –
il y a à présent
quelque chose qu’ils ne savent pas nommer
(cela couvre de poussière la route de pierres blanches
et de son poids plie les branches
jusqu’à ce qu’elles touchent obligatoirement le sol).
Hier
ils posaient le regard sur un soleil lointain
et leurs pieds luttaient pour se lever du sol,
leur peau se muait en verre et se brisait en morceaux,
un enfant ramasse les débris et se blesse.
Le lieu qui était le leur
est aujourd’hui le désert où ils se perdent,
Ce qui les séparait il y a un instant
dure des siècles déjà.
L’enfant
regarde sa main
et hurle.

È

16





Un animal de pelaje espeso y blanco.
Lo golpean. Lejos,
un sol se apaga y se convierte
en una piedra enorme y helada.





Un animal au pelage épais et blanc.
Ils le frappent. Au loin,
un soleil s’éteint et se transforme
en une pierre énorme, glacée.

È


17





Está desnudo y tiene el cuerpo pintado.
Debe atravesar una muchedumbre
que ríe, gesticula y repite en trance su nombre,
Anda mientras los sacerdotes le clavan agujas
en la carne. Debes
olvidar que eres un hombre, así
no sentirás dolor alguno.
Te convertirás en otra cosa,
en un dios. Pero
él no logra olvidar lo que es,
lo intenta pero no puede.
A cada pinchazo siente aún más dolor.
Camino del altar que le han levantado,
sufre.





Il est nu et son corps est peint.
Il doit traverser une foule
qui rit, gesticule et en transe scande son nom,
Il marche pendant que les prètres percent
sa chair de chevilles. Il faut
oublier que tu es humain, ainsi
tu ne ressentiras aucune douleur.
Tu te métamorphosera
en un dieu. Mais
il ne peut pas oublier qui il est,
essaie, mais n’y parvient pas.
A chaque coup il sent davantage la douleur.
Chemin vers l’autel qu’ils ont dressé pour lui,
souffrance.

È

18





(A Susana Thenon)

Yo pude asistirla, lavarla,
llevarla desnuda hasta el mar,
pero yo estaba lejos.
Los perros ladran
a sombras cambiantes, huidizas,
cada palabra gira
alrededor de un eje de ceniza,
el polen se dispersa,
el légamo se pudre.
Yo pude secarla,
vestirla, peinarla,
hablarle, mientras tanto,
del Jardín, del Arbol en su centro,
pero yo estaba lejos.
Hace mucho el viento sopla
contra los muros de una casa
cerrada, vacía.





(A Susana Thenon)

J’aurais pu la soigner, la laver,
la porter nue vers la mer,
mais j’étais loin.
Les chiens aboient
aux ombres changeantes, passagères,
chaque mot tourne
autour d’un axe de cendres,
le pollen se disperse,
les glaires se décomposent.
J’aurais pu la sécher,
L’habiller, la peigner,
lui parler, entre-temps,
du jardin, de l’arbre en son centre,
mais j’étais loin.
Depuis longtemps le vent butte
contre les murs d’une maison
fermée, abandonnée

È



19





Cerca de un poste de teléfono,
en el barro que dejó la lluvia,
el cadáver de un gato.
Lo veo y pienso en el tiempo,
en el deseo que el amor no consume,
en eso seco que se aferra a una idea
de fertilidad, de descendencia.
Me alejo. Detrás los insectos avanzan,
van a limpiar otra vez el mundo
de lo innecesario y superfluo.





Près d’une cabine téléphonique,
dans la boue, que la pluie a laissée derrière elle,
le cadavre d’un chat.
Je le vois et je pense au temps,
au désir que l’amour ne consume pas,
à ce dessèchement qui s’accroche à l’idée
de la fertilité, de la descendance.
Je me retire. Derrière moi avancent les insectes,
qui une fois encore vont purifier le monde
de l’inutile et du superflu.

È

20





I

Animal de borde,
jamás de centro.
En viaje, no llega al mar.
En realidad nunca parte.
¿Cuál es su casa, cuál es su cama?
Bajo la lluvia, bebe su agua.
¿Tiene sed, la tiene?
Husmea, levanta una pata y orina,
arriba, remotas, las esferas.
No conoce el cristal
y menos el cristal musical, puro.

II

¿Y si el cerdo profetizara,
el perro hablara en sueños,
toda visión se disipara
al menor contacto con el aire?





I

Animal du côté
jamais du centre.
En voyage, n'arrive jamais à la mer.
En réalité, il ne part jamais.
C’est quoi sa maison, son lit?
Sous la pluie, il boit son eau.
A-t-il soif? Vraiment?
Il renifle, lève une patte et pisse,
au dessus, loin, les sphères.
Il ne connaît pas le cristal,
et moins encore le cristal musical, pur.

II

Et si le cochon prophétisait,
le chien parlait dans ses rêves,
chaque vision disparaissait
au moindre contact avec la lumière?

È








21





(A Hilda Paz)

Está en la sangre, en la piedra
que resbala por la sangre, en
lo que se supone libre,
en lo que se cree a salvo.
Agua que contiene la cabeza
del cordero, todavía
sangrante. Ancha,
insomne, se tiñe de rojo,
rojo casi negro.
En el centro de lo dado,
en un extremo de lo negado:
clavo en la madera,
aguijón con culpa por su punta
y, sin embargo, muy profundo
en el hueso, en la carne.





(A Hilda Paz)

C’est dans le sang, dans la pierre
qui reluit de sang, dans ce quoi il
suppose être libre,
dans ce quoi il pense être en sécurité.
Eau qui contient la tête
de l’agneau, encore
sanglante. étendue,
sans repos, se colore de rouge,
d’un rouge presque noir.
Au centre du donné,
à l’extrême de la négation:
un clou dans le bois,
un dard coupable de sa piqûre
et, sans aucun doute, plus profond encore
dans l’os, dans la chair.

È



22





Vuelan tábanos sobre la carroña,
sobre lo que fue animal entero,
parado sobre sus patas,
con deseo.
Juegan los niños en un patio vecino.
Ignorantes de la tragedia,
cortan ramas de los árboles,
las hunden en el suelo
recién ablandado por la lluvia.




Des taons tournoient au dessus du cadavre
au dessus de ce que fût jadis un animal entier;
debout sur ces pattes
avec désir.
Des enfants jouent dans une cour voisine.
Ignorants de la tragédie
ils coupent les branches des arbres,
les plantent dans le sol
devenue mou de la pluie.

È


23





(Andrea Vesalio, Padova, 1538)

Corta materia inmóvil,
inútil eco de antiguo, ardoroso amor
entre raíces. Corta
como quien siente piedad
por un animal enfermo,
por una hoja que cae
como caen un astro, la inocencia.
(En un espejo remoto
se refleja, todavía,
el desnudo perfecto.)
Corta un dolor que persiste
después del corte,
impregna el metal, la mano,
más allá del cuarto, el suelo, las piedras,
más allá del mundo, esferas
tan improbables como puras.






(Andrea Vesalio, Padoue, 1538)

Il coupe dans la matière figée,
écho inutile d’un vieil amour ardent
entre les racines. Il coupe
comme quelqu’un qui a pitié
d’un animal malade,
d’une feuille qui tombe
comme s’éteint une étoile, l’innocence.
(Dans un miroir lointain
se reflète encore
le nu parfait).
Il coupe une douleur qui persiste
après l’incision,
imprègne le métal, la main,
au-delà de la chambre, le sol, les pierres,
au-delà du monde, jusqu’au sphères
aussi improbables que pures.

È




24





I

¿Dormir y soñar que la carne
se derrite, se mezcla con un agua inmensa
sin olas ni orillas a la vista,
que la razón se extravía en un éter difuso,
ilimitado?

II

¿Pensar que hubo alguna vez
una lengua pura,
a salvo?





I

Dormir et rêver que la chair
se liquidifie, se dissout dans une eau immense
sans vagues ni rives en vue,
que la raison se perde en un éther, diffus
illimité?

II

Penser que jadis existait
une langue pure,
sauve?

È



25





Un hombre sobre un puente, una mujer
orinando bajo los árboles
una espesa sustancia de miedo y sueño.
¿Quién nace, se abre paso a través de lo oscuro?





Un homme sur un pont, une femme
qui pisse en dessous des arbres
un liquide épais d’angoisses et de rêves.
Celui qui naît se fraye un chemin à travers le noir?

È



26





Huele a perro abandonado, a trapo en lo oscuro,
respira aire que otros respiraron,
se enferma de lluvia lenta,
de ruidos lejanos, de ojos que acechan,
huele a manojo de astillas,
a desnudo que ya no pregunta,
respira materia ciega, sin lugar en la Tabla,
duerme de perfil, o sentado,
con un ojo abierto y el otro ojo
vuelto hacia adentro, su dura lava inmóvil,
se enferma de nada, de vacío





Il sent le chien abandonné, les chiffons dans le noir,
il respire l’air que d’autres ont déjà respiré,
il devient malade de la pluie lente,
de bruits lointains, des yeux qui guettent,
il sent un tas de raclures,
le nu qui ne prie plus,
il respire la matière aveugle, sans place sur la Table,
il dort sur le côté ou assis
d’un oeil ouvert et l’autre
tourné vers l’intérieur, vers sa lave dure, figée,
il devient malade d’un rien, du vide.

È




27


È




28



È

29


È







Diario de abril


Atardece, el viento penetra por debajo de las puertas
y, en las terrazas, las ropas danzan la triste música del otoño.
Veo a dos adolescentes acariciarse en un banco de estación,
ella tiene los ojos azules y él la aprieta contra su pecho.
Después, ¿buscarán una habitación y se desnudarán el uno al otro y en silencio, la luz de una lámpara?

¿Qué es el viento?
¿Quién es que me llama por mi nombre de viajero?
¿Qué soy,
quién soy que me miro en el espejo y no me reconozco?
Y la respuesta que tarda en llegar,
y mi hijo que duerme su sueño de invertebrado
en el vientrede la desconocida,
ahora que estoy solo, en otoño, y ningún pájaro me sobrevuela.





Journal d'avril


Le soir, le vent se glisse au bas des portes
et, sur les terrasses, les vêtements dansent la musique triste de l'automne.
Je vois deux adolescents se caresser sur un banc de la gare,
elle a les yeux bleus et il la serre contre sa poitrine.
Ensuite, chercheront-ils une chambre pour s'y dénuder l'un
l'autre en silence, dans la lumière d'une lampe?

Qu'est-ce que le vent?
Qui m'appelle par mon nom de voyageur?
Que suis-je,
qui suis-je à me regarder dans le miroir sans me reconnaître?
Et la réponse qui tarde à arriver,
et mon fils qui dort son rêve d'invertébré
dans le ventre d'une inconnue,
maintenant que je suis seul, en automne, avec aucun oiseau qui ne me survole.

È

Extrait de 'Poesia quebrada'
Traduction: Jean Dif





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Copyright © Carlos Barbarito 2005
Copyright traductions © Frie Flamend, Jean Dif 2005


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